5 petites phrases qui tuent (et 5 qui construisent)

| 26 juin 2013 | 1 Comment

Comme tout parent positif et bienveillant, on essaye au quotidien de trouver les bons mots pour parler à nos enfants. On veut les encourager, les soutenir, les accompagner, les rendre indépendants, faire d’eux des êtres joyeux… Bref, on essaye de ne pas ressortir à nos enfants des phrases assassinent qui ont bercé notre enfance (comme l’autre jour, j’ai entendu un parent dire à sa fille à table « bah elle est trop lourde ta tête » et quelques instants plus tard « non mais regarde! non! les cheveux dans la mayonnaise! Ca va pas la tête! Nan mais vraiment je t’ai dit de faire attention ». Un léger goût de déjà vu qui a tout de suite réveillé en moi un sentiment antipathique à l’encontre de ce parent. J’avais envie de lui dire que non, justement, il ne lui avait pas clairement dit ce qu’il pensait et qu’en plus à l’âge de sa fille le second degré, elle ne comprend pas.).

Mais, sur notre chemin des bonnes intentions, on trébuche et en croyant bien faire, nous aussi pouvons tirer des vrais boulets… Des recherches montrent qu’avec ces phrases nous enseignons à nos enfants à cesser de faire confiance à leur système de guidage interne, à faire aussi peu que possible, et à abandonner quand les choses deviennent difficiles.

Alors attention parents bienveillants, je vais tenter de répertorier quelques unes de nos petites phrases qui tuent et de proposer des substituts 100% positifs qui encouragent et favorisent la connexion émotionnelle.

« Bien Joué », « Bon boulot »

Le problème avec ce « bien joué » / « bon boulot », c’est sa répétition et plus particulièrement pour des choses pour lesquels l’enfant n’a pas vraiment fait d’effort pour l’accomplir. Du coup, l’enfant attend que le parent l’observe et le félicite pour le moindre accomplissement.

A la place essayez d’accentuer la compétence à laquelle il a fait appel; « wahou! Quel sens de l’observation ». En reconnaissant l’effort réel qui a été accompli par l’enfant, nous lui apprenons indirectement que l’effort est plus important que le résultat et surtout l’enfant sera plus persévérant dans ses réalisations.

 

« Tu es une bonne fille/ un bon garçon »

Le sont-ils uniquement que quand on leur dit? Vous me direz que non bien-sûr, c’est évident pour nous parent. Mais pour les enfants ce n’est pas aussi clair. Si les parents pensent faire bien et même pensent gonfler l’estime de leurs enfants en disant ça, c’est tout le contraire. Le petit garçon entend uniquement qu’il est un bon garçon que lorsqu’il a fait ce que vous lui avez demandé. Effectivement, les parents tendent à dire ces mots après avoir demandé à leur progéniture d’accomplir une tâche. « Peux-tu ranger ce crayon? » « Ah, ça c’est mon garçon! Ca c’est mon fils, mon gentil p’tit mec ». L’enfant lui comprend que lorsqu’il n’obéit pas, il n’est pas le garçon de son parent. Il est jeté hors de la famille… Du coup, il aura « peur » de perdre son statut de « bon garçon de la famille » et la motivation pour coopérer ne tourne plus qu’autour de la récompense, du retour positif. On peut dire que l’objectif de l’estime de soi est complètement loupé.

A la place, essayez de dire ce que vous ressentez et ce que vous attendez « Merci, ton aide m’a été précieuse, j’ai gagné du temps » ou bien « J’aime beaucoup quand tu me donnes un de main« . Grâce à cela, vous faites passer l’information sur ce que vous attendez et comment le comportement de l’enfant a eu un impact. A la maison, Octave m’a déjà répondu que « là je ne peux pas t’aider maman, je n’ai pas le temps. J’ai du travail à faire moi aussi! Il faut que je découpe du papier. » Au moins il a compris pourquoi je lui demande de faire telle ou telle chose; pour m’aider. Il n’a pas peur de me décevoir ou de ne pas être un bon garçon.

Après, vous pouvez aussi retirer tout sentiment, émotion personnelle pour lui laisser se construire la sienne. « J’ai remarqué que tu avais partagé tes jouets avec Clara aujourd’hui. » A lui de voir, de décider par lui même si c’est une bonne chose ou non… et de répéter l’action un jour.

 

Arrête de pleurer / Ca ne sert à rien de pleurer, ce n’est rien / Tu es trop grand(e) pour pleurer / Oh mais quel bébé quand tu pleures…

Autant dire que ce n’est pas tous les jours facile! Surtout quand les pleurs sont en stéréo chez les doubles O. Mais accepter, accueillir les pleurs de son enfant est extrèmement important. Lui refuser de pleurer, équivaut à lui refuser ses émotions. Ses pleurs sont la porte de sortie de ses grandes émotions qui lui traversent le corps. Un « arrête de pleurer » va renvoyer toutes ses émotions au fond de lui pour probablement rejaillir et éclater un peu plus tard pour une broutille.

A la place, soyez présent. Dites lui « Tu as le droit de pleurer. Tout le monde pleure de temps à autre« . Essayez de lui faire comprendre que vous avez compris ce qu’il est entrain de vivre (sans jugement) en verbalisant ses émotions et sentiments. « Tu dois être vraiment très déçu de ne pas avoir de glace pour pleurer autant » (cette phrase, elle a du vécu chez nous! Il y a 4 marchands de glace autour du beach park). L’enfant a besoin de savoir que vous avez compris ce qui se passe à l’intérieur de lui et il a besoin que vous l’aidiez à comprendre en douceur. Pas besoin de lui dire juste après « Mais … tu n’as pas besoin de ça… tu as déjà eu une sucrerie… ». Comme dirait Faber et Malich ce n’est pas quand un enfant se noie qu’il faut lui apprendre à nager. La leçon peut attendre la fin de la tempête émotionnelle.

 

C’est pas grave

Pas toujours facile de résister à ce « c’est pas grave », c’est un moyen de rassurer notre enfant. Et puis en effet, c’est pas grave parce que vraiment pour nous, ce n’est pas grave-du-tout. Le problème, c’est que c’est encore de notre point de vue d’adulte, de notre expérience, de notre vécu, de notre ressenti… Encore une fois, cette petite phrase refuse le droit à l’enfant de ressentir quelque chose. L’autre jour, il faisait chaud, on jouait dans les fontaines, on a parcouru les rambardes comme si elles étaient des ponts de pirate et on s’est offert une superbe glace à l’italienne. On va s’installer dans l’herbe, et là Octave, du haut de sa plus grande grâce, se laisse tomber sur les fesses pour s’asseoir. Ca n’a pas loupé, la montagne verte italienne s’est effondrée sur l’herbe. Octave commence à peine à grimacer et émettre un son que je me jette sur lui et sur la glace pour la réinstaller en lui disant « c’est pas grave, regarde ». Bon, mon objectif était de le rassurer comme tout bon parent mais surtout d’éviter une « crise »… la gaffe!

A la place, j’aurai pu reconnaître sa tristesse d’avoir fait tomber sa glace dans l’herbe et essayer de trouver une solution avec lui. Ca aurait été bien plus respectueux et bien plus instructif.

 

Mais pourquoi tu fais ça?

Si votre enfant fait quelque chose que vous n’aimez pas, n’acceptez pas, il est important d’en parler avec lui. Mais encore une fois, pas quand l’enfant est en train de se noyer; pas dans le feu de l’action. Il est scientifiquement prouvé que le cerveau de l’enfant NE POURRA PAS gérer l’information… Et si vous êtes comme nous (névrosés du comment et du pourquoi), il est inutile de chercher à comprendre pourquoi l’enfant a agit de telle ou telle manière en lui posant la question; « Mais pourquoi est-ce que tu pousses ton frère? ». En posant cette question du « pourquoi », on force notre enfant à penser et analyser son comportement sur le vif, ce qui est une compétence hyper complexe, même pour un adulte. Quand on le confronte avec de telles questions, on l’nvite à se culpabiliser, ou bien à être sur la défensive et raconter/inventer (=mentir) une excuse… et là, c’est nous qui (sans nous en être rendu compte) avons forcé notrie enfant à mentir, puisque l’on veut absolument une réponse…

A la place, il faudrait essayer de se mettre dans les baskets de votre enfant (la fameuse empathie). Il faudrait essayer de comprendre ce que votre enfant ressentait à ce moment là, quels étaient ses besoins (sommeil, faim, soif, câlins), étaient ils comblés? « Tu n’aimes pas quand ton frère prend tes jouets sans te demander. » « Ca te mets en colère quand ton frère fait du bruit? ». En essayant de comprendre ce que votre enfant ressentait et/ou ce dont il avait besoin, permettra de remettre en perspective vos propres sentiments (tours de sangs!). « Ah, ça t’énerves quand ton frère prend ce avec quoi tu jouais et détruit toute ton histoire. Il ne respecte ton espace à toi. »

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Category: Education, Réflexions, Ressources

Aurore

About the Author ()

Bienvenue ! Je suis Aurore, originaire de la grande banlieue Parisienne, j'ai grandi dans une petite ville avec vue sur une ferme et les collines du Gaz de France. En CM2, je découvre le journal des enfants (en kiosque tous les jeudis matins), la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et la Convention des Droits de l'Enfant; à la maison rien ne sera plus pareil... La chute du mur de Berlin, la chute de Ceausescu, les conflits en Yougoslavie mais surtout le siège de Sarajevo le soir de Noël en 92 me font réaliser que la liberté est précieuse et probablement la plus grande richesse de l'Homme. C'est naturellement, que je m'oriente vers le Droit International qui m'offre l'incroyable opportunité de partir en mission pour une ONG Française dans les Balkans. Je travaille à la mise en place de programmes sur la paix, la non-violence, l'accès à l'éducation... Le rêve continue depuis Paris, avec un poste de chargée de projets pour l'Union Européenne et les Balkans. Je m'engage comme bénévole dans une association locale pour les premiers secours. Rapidement, avec le soutien du Président, une direction sociale de l'association émerge. Cette ivresse est remplacée par le calme et la contemplation à la naissance d'Octave. Je découvre alors les subtilités de l'apprentissage à la vie. Je grandis au rythme de mon fils en harmonie avec ses besoins. Il m'éduque à de nouvelles pratiques naturelles et écolos, de nouvelles philosophies; "apprendre certainement mais vivre d’abord et apprendre par la vie et dans la vie". Maria MONTESSORI Orson nous rappelle aujourd'hui l'émerveillement du quotidien et l'essence du mot nature. C'est ainsi que mes doubles O m'entrainent à la recherche d'une éducation harmonieuse et respectueuse pour tous.